VLADIMIR VINCHON, DES COURSES AU PARA-DRESSAGE

06/06/2019

VLADIMIR VINCHON, DES COURSES AU PARA-DRESSAGE

© FFE / PSV

Vladimir Vinchon est l’un des piliers de l’équipe de France de para-dressage. Jeux Paralympiques, Jeux équestres mondiaux, Championnats d’Europe, celui qui n’était pas à ses débuts prédestiné au dressage, n’a qu’un seul objectif cette saison : faire partie de l’équipe tricolore aux Championnats d’Europe de Rotterdam (Pays-Bas) cet été.

 

Vladimir Vinchon débute l’équitation à l’âge de 8 ans. À 15 ans, il décide d’en faire son métier et entre en apprentissage lad jockey chez Philippe Cottin, père de l’actuel entraîneur de courses d’obstacles David Cottin. Malheureusement, en 1994 au retour d’une course en Belgique, Vladimir est victime d’un accident de la route. Sa jambe droite doit être amputée au niveau du fémur. S’en suivent des mois de rééducation pour réapprendre à marcher avec une prothèse adaptée.

 

Avez-vous douté de pouvoir un jour remonter à cheval ?

« Je n’ai pas tout de suite pensé à remonter à cheval. J’ai débuté d’autres sports comme le basket fauteuil où je suis allé en compétition jusqu’en National 2 ! Mais assez vite, les chevaux m’ont rattrapé. Je suis retourné chez mon ancien employeur, Philippe Cottin. Je remontais le samedi matin pour de petits canters sur de jeunes chevaux, je m’amusais même à sauter quelques troncs d’arbres. Mais, j’en ai vite eu marre de ne monter que « pour le plaisir ». Il me manquait quelque chose : c’était la compétition et la soif de gagner ! Je voulais redevenir compétiteur. En 2006, un ami de Philippe Cottin m’a trouvé une jument avec laquelle j’ai décroché trois titres de champions de France en saut d’obstacles. Quelques années plus tard, j’étais invité par la Fédération Française d’Équitation à participer à un stage à Saumur avec Samuel Catel et José Letartre pour essayer des chevaux de para-dressage. C’est à ce moment que Flipper d’Or*ENE-HN m’a été confié. Il a alors fallu faire un choix entre le saut d’obstacles et le para-dressage, qui me permettait de participer à de grandes échéances. J’ai choisi de me consacrer uniquement au para-dressage. Nous sommes en 2011. »

 

Assez vite, vous passez les échelons et intégrez l’équipe de France ?

Avec Flipper d’Or*ENE-HN, nous avons fait des débuts tonitruants (rires). J’ai commencé avec Flipper au mois de mai 2011, nous gagnions notre premier CPEDI 3* en juin et je terminais 4e en individuel de mes premiers Championnats d’Europe à Moorsele (Belgique) le même été. Fin d’année, nous sommes sacrés Champions de France et nous participons aux Jeux paralympiques de Londres en 2012.

Flipper d’Or*ENE-HN a dû prendre sa retraite et ma carrière a par la suite été pleine de rebondissements. En 2015, je fais la rencontre de Tarantino Fleuri que nous avons acheté à Laurence Albert, à Saumur. La même année, nous sommes de nouveau Champions de France à Jardy avec une moyenne de 74 % sur tout le week-end. Malheureusement, le cheval se blesse au niveau du suspenseur juste avant de partir aux Jeux paralympiques de Rio en septembre 2016. Il restera tranquillement au champ avec des soins adaptés jusqu’en septembre 2017. Nous reprenons la compétition aux Championnats de France en novembre de la même année et Tarantino est une nouvelle fois sacré champion. C’est avec lui que je participe à mes deuxièmes Jeux équestres mondiaux à Tryon (États-Unis) en 2018.

 

Vous participerez le week-end du 6 au 9 juin à votre premier CPEDI 3* de l’année avec Tarantino Fleuri, après quelques   semaines de convalescence pour ce Selle Français de 12 ans. Comment va-t-il ?

Tarantino Fleuri avait eu quelques soucis à Tryon l’an passé. Nous avions découvert qu’il avait mal à la mâchoire et qu’il avait de l’arthrose. Nous avons réglé ce problème et choisi une nouvelle embouchure. Malheureusement en février 2019, j’ai fait l’erreur de l’emmener galoper sur une piste en sable trop profonde. Il s’est blessé au tendon nous contraignant à deux mois de convalescence. Je remercie sincèrement la clinique équine de Meslay qui l’a pris en main. Cela fait un mois qu’il a repris le travail. J’ai la chance de travailler avec Serge Cornut, entraîneur adjoint au dressage pour l'équipe de France de concours complet et Amélie Billard, cavalière professionnelle de dressage. On a remis les choses à plat. Je retrouve enfin mon cheval et mes sensations, ça fait plaisir !

Pour ce week-end, il va falloir tenir les engagements fixés. J’espère vraiment être au-dessus des 68 % et rentrer dans le Groupe 1.

 

Depuis un mois, Fidertanz For Rosi a rejoint votre piquet de chevaux. Quelles sont vos ambitions avec lui ?

Grâce à mes sponsors, j’ai pu faire l’acquisition de Fidertanz, jeune Oldenbourg de 6 ans par Fidertanz et Depardieu. Il a gagné plusieurs épreuves à 5 ans en Allemagne. Techniquement, il est prêt, mais il doit encore gagner en résistance. Tout reste à construire pour qu’il me fasse confiance et vice versa. Notre objectif est les Jeux paralympiques de Paris 2024. Il nous reste encore un an et demi de travail avant de le présenter sur des compétitions internationales. C’est top d’avoir deux chevaux à travailler. Cela soulage aussi Tarantino. Je remercie énormément mes partenaires.

 

Avec Tarantino Fleuri, quels sont vos objectifs pour cette saison ?

J’ai pour objectif de faire partie de l’équipe de France pour le Championnat d’Europe cet été. Tarantino a les compétences nécessaires pour être médaillé et ce serait dommage de passer à côté. Puis l’an prochain, j’aimerais bien sûr aller aux Jeux paralympiques de Tokyo (JAP). Nous en sommes encore un peu loin aujourd’hui. Mais c’est pour cela que je fais autant d’efforts. Ce n’est pas comme s’il n’avait pas le potentiel. Il faut juste trouver les bons réglages et continuer à travailler. Même si ma rentrée en compétition cette année est assez tardive, j’ai l’encadrement idéal pour réussir.

 

Pour atteindre ces échéances, comment alliez-vous votre travail et vos entraînements ?

Je m’entraîne tous les jours aux écuries du Haras du Lion-d’Angers depuis le mois de novembre. Le site est grand. On peut facilement aller en balade et il y a des compétitions tout au long de l’année. Cela permet de baigner les chevaux dans l’ambiance des concours. C’est formateur pour eux. J’habite à Laval, je fais donc deux heures aller-retour de trajet. Je passe environ quatre heures avec mes deux chevaux, cela me prend donc six heures par jour. Avec mon travail, ça fait de bonnes journées (rires). De plus, j’ai participé à deux Master Class à Lamotte-Beuvron au mois de mai. Avec Philippe Célérier, sélectionneur national et Carlos Lopez, formateur, l’encadrement est beaucoup plus tourné vers la compétition et moins sur la personne et l’individuel. Avec les Groupes 1 et 2, le staff fédéral fait parler les chiffres. Cela permet aussi de dérouler les reprises en situation de compétition. C’est une bonne chose pour les personnes qui peuvent être stressées avant d’entrer sur le rectangle d’un CPEDI 3*.

Ma saison commence, maintenant c’est ma priorité ! J’admire beaucoup Teddy Riner pour ça. Il arrive à se lever le matin, prendre du temps pour sa famille et pour lui. Ça ne l’empêche pas de passer du bon temps. Mais quand il entre dans sa saison, ses objectifs deviennent sportifs. C’est son maître mot. Je suis très heureux de revenir en concours. C’est pour ça que je me lève tous les matins ! »